A propos du RSA et du contrat de 5h par semaines
Par FH le samedi 18 juin 2011, 10:47 - Au fil des semaines - Lien permanent
Ces derniers jours ont parus dans les DNA deux courriers concernant la proposition de créer un contrat de 5h par semaines pour les allocataires du RSA. J'ai envoyé le courrier suivant en réaction.
Les objectifs du RSA sont décrits dans un petit livre vert paru en 2008, il s’agissait de regrouper tous les minima sociaux en une seule allocation et d’éviter les effets de seuil qui entraînaient une perte de revenus à la reprise d’un travail. Aujourd’hui la proposition de faire travailler 5h par semaine les allocataires du RSA est indécente. Il s’agit d’un leurre pour essayer de masquer l’échec du gouvernement en matière d’emploi, de maintien de pouvoir d’achat et d’insertions de nos concitoyens les plus en difficultés. Il est indécent car stigmatise les plus démunis d’entre nous. Les porteurs de cette proposition veulent les assimiler à des profiteurs qui choisiraient de ne pas travailler. En octobre dernier, de nombreux contrats aidés ont été supprimés par décision gouvernementale, dans nos écoles, dans nos maisons de retraites, dans les associations, obligeant de nombreuses personnes qui travaillaient à rejoindre les rangs très fournis de pôle emploi ou des allocataires des minima sociaux. Il s’agissait de contrats d’au moins 20h par semaines, les personnes occupant ces postes rendaient un réel service à la société. Aujourd’hui les mêmes qui ont soutenus ces suppressions voudraient inventer des contrats de travail de 5 heures par semaines ! Cette proposition, au-delà de l’aspect choquant de ce contrat à temps très partiel, jette le discrédit sur la solidarité en l’assimilant à de l’assistanat. Non, les personnes qui vivent avec les minima sociaux ne profitent pas d’une situation de rente. Ils vivent avec 400€ par mois pour une personne seule, soit la moitié du seuil de pauvreté. Les allocataires du RSA sont accompagnés, et dans leur très grande majorité n’aspirent qu’à une chose, travailler. Bien sûr, comme dans tous les milieux, il y a parfois des abus. Et ils sont sanctionnés. Tous les mois quelques personnes, celles qui ne respectent pas leur contrat d’insertion sont exclues du dispositif. Ce n’est pas parce que quelques un fraudent le fisc, ou vont s’installer dans des paradis fiscaux, que nous fraudons tous. La politique de l’emploi menée depuis quelques années est en échec, aujourd’hui encore le CESE affirme que la réforme de pôle emploi n’est pas concluante faute de moyens. A qui voudrait-on faire croire que si le chômage est toujours aussi élevé c’est de la faute aux chômeurs qui ne veulent plus travailler ! Les activités d’insertions existent, et les travailleurs sociaux sont très créatifs, mais les financements sont de plus en plus difficiles à trouver. Nous ne sommes pas encore sorti de la crise, dont les responsables n’ont pas été sanctionnés qu’on jette l’opprobre sur les victimes en faisant du travail un devoir alors que ce devrait être un droit.


Commentaires
Bonjour M. Hilbert,
Il se trouve que, salarié, donc contribuable et aussi cotisant, je ne partage pas tout à fait votre avis.
En effet, il me semble humainement plus digne, valorisant et aussi citoyen, quand on subsiste grâce aux minimas sociaux, de participer sous une forme de travail d'intérêt public à des tâches servant la collectivité sans pour autant priver d'emploi ses compatriotes en quête d'emploi..
Je m'explique : exécuter des travaux incombant à la collectivité, du type entretien des bâtiments, voies, jardins publics et d'autres encore, n'est en rien avilissant ou discriminatoire.
Ce n'est jamais qu'une forme de "renvoi d'ascenseur " envers la population active qui par ses cotisations et autres prélèvements obligatoires participe à l'indemnisation des bénéficaires du RSA.
Les contrats aidés coûtent non seulement cher à la collectivité, mais ne sont pas une alternative au chômage... vu à la fois la modicité des salaires versés et aussi la précarité de ces emplois...
Opposer comme argument le soupçon de fraude généralisée est fallacieux et manipulateur... Tout le monde ne fraude pas et chacun le sait.
Ce que vous appelez "solidarité" devrait donc selon vous, fonctionner à sens unique... Il me semble qu'attendre une contrepartie modeste en retour n'a rien d'outrageant ou d'exagéré... et en plus ce travail d'intérêt public est aussi valorisant dans un CV. car il démontre la volonté de celui qui le fait de travailler et de se remettre en selle...
Quant aux chômeurs ne voulant pas travailler, il faut aussi avouer que ceux d'entre eux qui fraudent vivent plutôt bien et parfois mieux que ceux qui eux travaillent honnêtement et durement aussi pour s'en sortir... et ce d'autant plus qu'ils bénéficient de toutes les aides leur revenant de droit et qu'ils échappent à toute forme de ponction fiscale ou autre...
En conclusion solidarité oui, mais moyennant une contrepartie citoyenne légitime et justifiée.
Merci de m'avoir lu.