Enquête publique PDU / Colmar / CAC
Par FH le mercredi 7 décembre 2011, 08:43 - Au fil des semaines - Lien permanent
Voici ma contribution à l'enquête publique concernant le PDU.
Monsieur le Président,
J’étais très satisfait à l’annonce de la mise en place sur notre territoire d’un Plan de Déplacement Urbain. Pour de multiples raisons, liées au réchauffement climatique, à la déplétion des matières premières, à la hausse du coût du carburant, il est important de revoir la place de la voiture dans nos modèles de mobilité.
Cependant, malgré de belles intentions, essentiellement reprises des textes législatifs sur les PDU, celui qui nous est présenté ici ne me semble ni très cohérent ni très ambitieux. Ce PDU ne répond pas aux enjeux auxquels nous devons faire face et je m’en explique dans les lignes qui suivent.
L’élaboration du PDU a été affinée par plusieurs lois successives. Il y a une trame commune à tous les PDU. Afin de pouvoir élaborer un plan d’action, une enquête et un diagnostic ont été réalisés. A partir de ce diagnostic plusieurs scénarii ont été proposé aux élus. Du premier, le moins contraignant, au quatrième, le plus ambitieux, ils vont du laisser faire jusqu’au respect des objectifs de la loi grenelle II.
Le conseil communautaire, ainsi que les différents conseils municipaux ont du valider le choix d’un scénario. Le texte proposé aux élus présente un choix ambitieux, et laisse envisager une évolution notable des modes de déplacements. Or il y a une inadéquation entre ce qui a été voté par les différents conseils et le texte du document final du PDU.
Les différents conseils se sont prononcés sur un choix de scénario présenté
ainsi : «

»
Ce qui diffère fondamentalement de l’explication donnée page 56 du rapport
final du PDU :
« Après comparaison des 4 scénarii, il a été fait le choix d’un
scénario de synthèse qui correspond globalement au scénario 3 avec quelques
ajustements. Il intègre des éléments du scénario 4 en matière d’offre sur les
modes alternatifs et il est un peu moins coercitif vis-à-vis de l’automobile
(des éléments du scénario 2 et 3). »
Il est étonnant de faire voter des rapports censés résumer un document en en
détournent le sens.
D’autant que le choix d’un scénario proche du scénario 2 est confirmé
lorsque nous regardons de plus près les objectifs du scénario choisi. D’après
un tableau page 56 du rapport final du PDU :

Le scénario retenu devrait maintenir ou réduire la part modale du trafic
automobile au maximum de 4%. La part du transport collectif devrait augmenter
de 1%, et celle des modes doux devrait rester ce qu’elle est ou augmenter de
1,25%.
Si nous comparons ces chiffres avec ceux des différents scénarii, page 54 du
même rapport :
Force est de constater qu’en ce qui concerne la part modale de la voiture, le scénario retenu oscille entre le scénario 1 et le 3, pour le transport collectif, il s’agit des chiffres du scénario 1 ou 2, et que les attentes pour les modes doux sont inférieurs aux chiffres des scénarii 2 ou 3.
En conclusion nous pouvons penser que le scénario retenu est entre le 1 et le 3. Admettons qu’il soit proche du 2. Mais ce n’est certainement pas une synthèse des scénarios 3 et 4 comme cela a été présenté aux différents élus et aux médias.
Il est à noter que la baisse de 8,8% des gaz à effet de serre indiquée dans le tableau page 56 reste inexpliquée dans le cadre d’un tel scénario.
Par ailleurs, le rapport final du PDU présente quelques approximations
concernant la part modale des différents modes de déplacement. Si l’on compare
le tableau de la page 54 à celui de la page 18 :

Nous constatons que la part modale de l’automobile du tableau de la page 54 est de 68%, or dans le tableau de la page 18 nous ne retrouvons pas ce chiffre. Il en va de même pour la part modale des transports collectifs et des modes doux.
Les différences de chiffres qui concernent la situation actuelle sont du même ordre de grandeur que les reports de part modale espérés à l’issu de la mise en place du PDU. Nous pouvons raisonnablement nous interroger sur les modalités de l’évaluation de la réussite ou non de ce PDU. En effet, nous pouvons très bien affirmer en utilisant les chiffres présentés dans ce rapport que les objectifs sont déjà atteints.
Après le diagnostic et le choix d’un scénario, il nous est présenté un plan d’action. Celui-ci consiste en un recueil de 21 fiches projets. Le sentiment général à la lecture de ces fiches projets est qu’il n’y a rien de vraiment concret qui nous est proposé. La plupart des fiches font référence à des études à réaliser. Alors que nous sortons d’un travail d’étude de deux ans. De plus un schéma directeur sur les parcours cyclables colmariens a été élaboré il y a 4 ans, de nombreuses préconisations y figurant n’ont pas été réalisées. Il est étonnant que le rapport du PDU n’y fasse pas fait référence.
L’accidentologie est peut traitée. Il s’agit pourtant d’un point obligatoire des PDU. Il nous est juste affirmé qu’elle baisse, respectant ainsi la tendance nationale. Un récapitulatif des zones accidentogènes, ainsi que les types d’accidents les plus fréquents aurait pu être dressé. En ce qui concerne les nuisances automobiles il aurait également pu être intéressant d’étudier le bruit généré par la circulation.
La plupart des fiches projets ont un objectif chiffré, le plus souvent la réalisation de 50% de l’objectif en 5 ans. Mais nous ne connaissons ni ces objectifs, ni ce que représente ces 50%, est-ce la moitié du nombre de chantiers ? Est-ce la moitié du budget prévisionnel qui devra être utilisé en 5 ans ? Car chaque chantier d’un même projet n’aura pas forcément le même coût.
Le diagnostic montre une sous utilisation de la marche sur le territoire. Or une seule fiche projet concerne ce mode de déplacement. Contrairement aux autres ce n’est pas 50% des réalisations qui sont attendues en 5 ans, mais 25% ! Il y a donc un décalage entre le constat et les réponses qui sont proposées. De la même manière, il est préconisé à plusieurs reprises de ne pas mettre en concurrence les cyclistes et les piétons, or depuis quelques mois les travaux de réfection de voirie entrainent un transfert des bandes cyclables sur les trottoirs quel que soit le type de voirie. Ne serait-il pas possible de faire dès à présent attention aux préconisations du PDU ?
Il est d’ailleurs également étonnant qu’en centre ville il ne soit mentionné qu’un recours à une nouvelle réorganisation et réglementation du stationnement et nullement à l’extension de la zone piétonne. La suppression, par exemple, des parkings de la place de la cathédrale permettrait de conforter la place des piétons en centre ville. Ces parkings sont un aspirateur à voitures, qui pour y accéder doivent traverser, et donc entrer en conflit avec des zones piétonnes.
La part modale des vélos semble importante sur le territoire et notamment dans la ville centre. Il serait possible de la développer encore, mais les propositions ne sont ni nombreuses ni innovantes. Il est simplement proposé de continuer ce qui se fait déjà. Le PDU est très prudent sur la généralisation des contre sens cyclables et ne parle pas du tourne à droite aux feux tricolores, qui ont été autorisés par le gouvernement pour encourager l’usage de la bicyclette. L’action 14 porte sur le vélo partage, il est prévu une étude de besoin et une étude de faisabilité, mais il manque la troisième étape, sa mise en œuvre. Il semble d’ores et déjà prévu qu’elle ne se fera pas. Est-il alors nécessaire de réaliser cette étude ?
Il en va de même pour les livraisons professionnelles pour lesquelles une concertation est programmée, sans que l’on soit certains de réaliser des modifications à son issue.
Les études sont très nombreuses. Alors qu’un travail de plus de deux ans a été mené dans le cadre de ce PDU, que des options ont été proposées, pourquoi devoir les compléter par des études supplémentaires ? Ceci est particulièrement flagrant en ce qui concerne les transports en commun. Il y a eu une refonte du réseau des transports en commun pendant la phase de diagnostic du PDU. Il est dommage que les décisions aient été prises en parallèles, sans concertation. Car aujourd’hui, le PDU ne peut rien proposer d’autre que d’attendre un ou deux ans pour faire le point sur le résultat de la refonte. Engager des travaux pour augmenter la vitesse commerciale des bus figera en partie le schéma des lignes et réduira donc la marge de réflexion du bilan. Par ailleurs, aucune nouveauté concrète n’est proposée si ce n’est la création d’un parking relais en 2014.
L’enquête auprès des ménages de la phase de diagnostique du PDU a été réalisée de fin juin à début juillet, une période propice à l’usage de la bicyclette. Il est imaginable que cela ait contribué à l’obtention de chiffres élevés de la part modale du vélo sur le territoire. Pour connaître la réelle efficacité des mesures prises, il faudrait pouvoir comparer des chiffres. Il me paraît indispensable de mettre en place une méthode de comptage pérenne, stable, et régulière des différentes parts modales. Sans cela, les différents chiffres avancés seront sujets à caution et ce plan n’aura aucune valeur si ce n’est de pouvoir dire qu’il existe.
Enfin il est regrettable que le travail d’élaboration du PDU n’ait pas fait plus l’objet de concertation avec la population. Il y a eu très peu d’information, une première lettre du PDU a paru au début de l’étude, puis une seconde en septembre dernier. Ces deux lettres ont connu une distribution plutôt confidentielle. Tandis que la plupart des maires du territoire organisent régulièrement des réunions de quartier, aucune réunion d’information, au moins pendant le mois d’enquête publique, n’a été proposée pour présenter le PDU.
En espérant que l’enquête publique aura fait remonter de nombreux commentaires, veuillez agréer monsieur le Président l’expression de mes salutations distinguées.
Frédéric Hilbert Conseiller général-Colmar Sud


